Chloé Mons : l'épopée de la muse
vendredi 09.10.2009, 09:26 - Virginie Thailly
Musique
Depuis la disparition de son mari, Alain Bashung, Chloé Mons continue sa route à contre-courant. Elle sort "Par la rivière", son quatrième album.
Juchée sur ses inséparables bottes à talons, décolleté ravageur, yeux immenses rivés sur l'infini, cuisses rondes moulées dans une mini nuisette noire, enveloppée dans sa chevelure blonde, Chloé Mons a tout des égéries à la Russ Meyer. La minauderie en moins, la spiritualité en plus. Un tempérament qui ne vit pas les choses à moitié, allié à un sens inné du rock tellurique et insolent qu'elle défend seule avec son ukulélé Dorbo rouge (on l'a vue en première partie des concerts de Bashung, autant que seule dans des petites salles).
Chloé Mons est un chat sauvage qui aurait déjà vécu plusieurs vies. Alain Bashung écrivait d'ailleurs à son propos : « Une crinière blonde abrite un chant revenu d'un long voyage. Celui qui n'oublie rien des recoins de la violence des sentiments. Si un jour vous croisez le blues de Chloé Mons, vous aurez la preuve d'un fort signe de vie ». Muse d'un amour-passion avec le chanteur qu'elle rencontra en 1997 sur le tournage de son clip « La Nuit je mens » réalisé par Jacques Audiard, elle se souvient : « Ça a été immédiat entre nous. Une évidence. Malgré mes 24 ans et les 49 ans d'Alain, on se foutait pas mal de la différence d'âge ! » Elle est jeune comédienne sortie du conservatoire de Lille, gouailleuse, fait fi des mondanités.... Elle est sa lumière, lui sa part d'ombre. Ils s'épousent en 2001 à Audinghen près du cap Gris-Nez sur leur version du « Cantique des Cantiques ».
La fureur de vivre
L'ange blond du rocker sombre est veuve, à trente six ans. L'amour lui a faussé compagnie... Si le coeur de son poète-musicien tant admiré a cessé de battre le 14 mars dernier, le sien lui, ne s'est toujours pas arrêté. « Ma tristesse, je la garde pour moi, c'est la moindre des politesses, non ? Oui, la vie continue ! J'ai une fille de huit ans qui a besoin de voir sa maman vivante. Et même si l'univers s'est nécessairement rétréci sans Alain, aujourd'hui je suis dans la vie. Alain a été une page de ma vie, une folle aventure, dix années merveilleuses. On s'est battu jusqu'au bout contre la maladie. Mais j'ai 36 ans, je ne vais pas cesser de vivre. Aujourd'hui, mes plus grandes forces sont notre fille Poppée et la musique. »
Déjouer la mort en chantant...
Nous n'irons pas à la pêche aux confessions. Si Chloé Mons restera à jamais Madame B., elle n'est pas née d'Alain Bashung et continuera d'exister sans lui. Ce qui n'exclue pas les fêlures secrètes... La musique a toujours fait partie de sa vie. Adolescente, dans sa maison familiale de Saint-André habitée de parents collectionneurs, avec son frère Barnabé (leader du groupe lillois Sheetah & Les Weissmullers), elle découvre le punk, Patti Smith, Nick Cave ou PJ Harvey. Elle commence à écrire sur des carnets glissés dans son sac. « Un jour Alain m'a dit : mais qu'est-ce que tu attends pour chanter ? J'ai pris ça comme son feu vert. »
Voyages en solitaire...
En 2006, elle commence à partager la scène et les studios avec son mari. C'est elle qui est à l'origine du projet musical « La Ballade De Calamity Jane ». Alain Bashung y lit et y joue de l'harmonica, Chloé Mons chante. Même si elle fait des apparitions dans de jolis films tels que « Le Coût de la vie » ou « Sur mes lèvres » et prochainement dans le film d'Emma Luchini « Sweet Valentine », le cinéma devient secondaire dans sa vie. « La musique me donne mille fois plus ! Mes albums, ce sont mes textes, mes mélodies, mes histoires, c'est tellement personnel et épanouissant. » En 2006, elle sort son premier album « Chienne d'un Seul ». Chloé écrit et compose seule, veut faire de la scène quitte à affronter critiques, sifflets ou railleries. Chloé Mons dérange et s'en cogne. Seule, armée de son ukulélé dans les bars de Nashville, pendant l'été 2008, elle rode « Par la rivière », son dernier album autoproduit. L'été dernier, seule encore, c'est sur la côte Californienne qu'elle a enchaîné les concerts.
Loin d'une Dolly Parton, sur scène, elle chante plutôt comme une Karen Dalton : son côté cherokee blonde platine qui invoque les éléments à coups de hurlements entrecoupés de silences. Parfois, sa voix se fait sensuelle comme Hope Sandoval chanteuse de Mazzy Star. Chloé Mons creuse son sillon avec « Par la rivière ». Poétique, chamanique, grave, légère... Entre chaos sonores et plages apaisées, elle livre des paysages où la country des grands espaces de l'Ouest américain flirte avec l'instinct et la naïveté enthousiaste du punk. Les textes sont d'une richesse et d'une profondeur devenues rares. « Poreuse », le dernier titre du CD parle de l'au-delà, d'une rivière par laquelle elle rejoindrait son rocker disparu, quand elle aura fait son temps... Ses mots coulent comme des larmes. « Alain était très fier de ce disque. J'ai glissé l'album dans la poche de son costume au Père Lachaise. » Insoumise, libertaire, obstinée, pas peureuse, totalement incarnée, Madame rêve... encore et encore.
Site : www.chloemons.com













