Grossesse et cigarette : un couple au coeur de la journée sans tabac à Douai
mardi 01.06.2010, 05:05 - PAR NATHALIE LABREIGNE
Michel Sokpot et Nathalie Jon sont tabacologues. Hier, ils informaient les femmes à l'hôpital. PHOTO ÉMILIE DENIS Santé
Autour du réseau Naître dans le Douaisis, les professionnels de santé se sont associés hier pour informer les femmes sur les risques liés au tabagisme, notamment pendant la grossesse. Explications avec Michel Sokpot, pneumologue et Nathalie Jon, infirmière, tous les deux tabacologues.
Pourquoi une journée sans tabac consacrée aux femmes enceintes ?
Michel Sokpot : « Tous les ans, c'est l'OMS qui fixe le thème de la journée sans tabac. Cette année, c'était tabac et appartenance sexuelle. Comme, à Douai, c'est le réseau Naître dans le Douaisis qui a organisé cette journée en mettant les différents acteurs de la lutte contre le tabac en relation, on a décidé d'axer notre thématique sur la femme enceinte et/ou qui allaite. Le but est de donner de l'information pour que les femmes qui souhaitent stopper le tabac sachent à qui s'adresser. »
Quels sont les risques particuliers encourus par les femmes enceintes qui fument, et par leur bébé ?
M. S. : « Le tabac provoque une mauvaise oxygénation du sang de la maman donc de celui du foetus. D'où de possibles retards de croissance intra utérine, pour l'enfant, mais aussi des risques de fausse couche, d'accouchement prématuré et même de décollement placentaire pour la maman. »
La grossesse n'est-elle pas un motif d'arrêt du tabac pour les femmes ?
M. S. : « On observe que, spontanément, les femmes enceintes cessent souvent de fumer pendant leur grossesse, pour protéger leur enfant. Mais de la même façon qu'elles peuvent jeter leur paquet quand on leur annonce qu'elles sont enceintes, elles peuvent aussi aller en racheter un après la naissance... J'ai connu une patiente qui a arrêté pendant ses cinq grossesses, mais qui a toujours repris entre. Il a fallu qu'elle y soit médicalement contrainte pour arrêter. »
En dehors de la grossesse, quelle est la principale contre indication au tabac chez la femme ?
M. S. : « La pilule. Parce que le mélange des hormones de la pilule et des goudrons du tabac est terrible pour les artères. Cela accroît les risques de formation de caillots dans les artères pulmonaires, et d'embolie. Sachant que c'est souvent fatal... Mais malgré ce risque, les jeunes femmes, surtout, n'arrêtent pas de fumer. C'est un choix impossible pour elles, car elles veulent une contraception, et continuer à fumer. »
Nathalie Jon : « Le problème avec les jeunes, c'est qu'ils ne se projettent pas dans l'avenir. Dans les vingt premières années de tabagisme, c'est le stade dit du "fumeur heureux". Ce n'est qu'à partir de 40 ans que les femmes, qui utilisent souvent la cigarette pour gérer leur stress, essaient d'arrêter. »
Justement, pour les aider, vous proposez à l'hôpital une consultation en tabacologie. Comment ça marche ?
M. S. : « Dans les consultations externes, le fumeur qui souhaite arrêter fait une démarche personnelle. On fait également de la prévention auprès du personnel soignant, avec une prise en charge complète et gratuite du sevrage, ainsi qu'auprès des patients hospitalisés. En moyenne, on voit 400 patients par an en hospitalisation, 600 dans le cadre de la consultation. »
Unité de coordination en tabacologie du centre hospitalier de Douai, Tél : 03 27 94 75 75 ou 94 76 11.













