Des mains de femmes pas si ordinaires
mardi 09.03.2010, 05:06 - PAR STÉPHANIE FASQUELLE
L'exposition rend hommage à des femmes ordinaires, anonymes, laborieuses... et toutes singulières. EXPOSITION
Une expo photo pour la Journée des femmes ? Elles ont hésité, celles qui fréquentent les ateliers adultes et familles du centre social Marcel-Bertrand de Moulins...
...Pour lever la pudeur - et la réticence de certains maris -, ce sont finalement leurs mains qui ont été photographiées. Hier, en dévoilant ce travail, elles éprouvaient de la fierté...
« Vous avez vu ma photo ? Là, c'est moi... » Même si elle n'en est plus une, elle a le visage rieur d'une fillette. Sur le cliché, on ne le voit pas. Juste une main inclinée et des doigts emmêlés dans un foulard brodé de sequins. Cette main, c'est la danse, la passion de Yamina, habitante de Moulins. « Je n'ai fait que danser, danser, et la photographe essayait d'avoir ma main ! Le résultat est beau, non ? » Comme toutes les femmes dont les mains sont exposées depuis hier au centre social, cette mère de deux enfants a choisi le thème de sa photo.
De cliché en cliché, les usagères du centre social, inscrites aux activités adultes, se dévoilent... Les mains brunes de Rékia préparent la pâte du henné. Les doigts de Cindy brandissent un bâton de majorette. Les mains noires de Fanta cousent les bords d'un boubou. Les doigts fins de Fatiha soulèvent le couvercle d'un plat à tajine. Les mains de Mariam, qu'on devine habiles, tressent les cheveux de Fatou. Celles un peu ridées de Danièle tricotent avec assurance. Celles de Virginie, moins expérimentées avec la pelote, inscrivent sur un cahier d'écolier les points et les rangs à tricoter. L'index de Zineb enfonce une aiguille dans un foulard brodé... « Au départ, on pensait photographier les yeux et on a renoncé. Trop de pudeur, d'hésitations..., confie Jill Offry, responsable du secteur adultes et familles. Pour les mains, elles ont vite adhéré, car cela voulait dire : voilà ce que je sais faire. » Avec Naïma, l'animatrice de l'atelier d'alphabétisation, les participantes ont décrit oralement leur passion, leur métier, leur culture. Le thème de la photo s'est alors imposé. « On a beaucoup parlé, elles voulaient montrer quelque chose d'elles qui ne soit pas choquant mais valorisant. Sortir de chez elles, c'est déjà un grand pas, alors être photographiées... » Mises en confiance, ces femmes se sont laissé faire devant l'objectif de Béatrice Dassié, photographe de l'association Avenir Enfance. « Les mains se ressemblent toutes, mais lorsqu'on fouille, on voit toute leur singularité », apprécie Jill.
Devant ses propres mains préparant la soupe, Laëticia avait le sourire, hier. « C'est une belle idée, juge-t-elle. Les mains, c'est simple, on ne force pas leurs gestes. Nos mains ne sourient pas, ne sont pas crispées comme un visage qui prend la pose. Elles sont forcément naturelles, c'est ce qui fait toute leur beauté. » À son enfant, niché dans ses bras : « Tu reconnais maman ? » Laurence, elle, venait beaucoup au centre social avant d'être agréée assistante maternelle. Fière de ce travail, elle a voulu se faire photographier avec un enfant, chez elle. Sur le cliché, sa main de nounou rencontre les doigts délicats du bambin. « J'aime le résultat, il me représente. » Son époux Éric visitait l'exposition. L'un des rares hommes présents. « Ma préférée, c'est celle-là. » Il désigne une main à la peau noire écrivant une lettre. Écriture soignée. « Ma chère maman »... « Cette photo dit plein de choses. On voit que c'est une étrangère et qu'elle écrit en français. On devine qu'elle a dû apprendre. Et qu'elle est heureuse d'écrire... »













