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La tête dans les sacs

jeudi 04.02.2010, 14:38 - Par Géraldine Beys

À l'Atelier du Rond de Cuir, entre Cambrai et Douai, Martine Lemaire confectionne sacs et articles en maroquinerie dans le respect de la tradition. À l'Atelier du Rond de Cuir, entre Cambrai et Douai, Martine Lemaire confectionne sacs et articles en maroquinerie dans le respect de la tradition.

Artisanat

À l'Atelier du Rond de Cuir, entre Cambrai et Douai, Martine Lemaire confectionne sacs et articles en maroquinerie dans le respect de la tradition.

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Jeune elle rêvait d'être styliste. Mais « en 1977, on ne nous envoyait pas facilement à Paris suivre des cours ». Pour autant, Martine Lemaire ne s'est jamais résignée. « Ma mère m'a fait apprendre la couture en ville. » À Cambrai. Par nécessité, la jeune femme est devenue fonctionnaire de l'armée à la Base aérienne 103. Sans abandonner son idée première : la couture et le monde de la mode... Cavalière, elle répare son propre matériel d'équitation jusqu'à se dire un jour qu'elle se verrait bien exercer le métier de sellier bourrelier.
Le hasard veut qu'elle rencontre Bernard Steff retraité à Niergnies, autrefois sellier gainier à Paris. « Il a travaillé pour le protocole. » L'octogénaire et plus, est meilleur ouvrier de France. Une référence. Martine a trouvé là un maître qui non seulement lui met le pied à l'étrier et lui présente un Parisien, sellier maroquinier qui termina sa carrière chez Hermès.


Un maître très sévère

Avec de pareils conseillers attentifs aux progrès de la nordiste comme de bonnes fées regardent bienveillamment un nouveau né dans son berceau, l'affaire est dans le sac... à main. « C'est lui qui m'a tout appris. Il est très sévère. Je me souviens encore de mon premier sac cousu main. Au début, il m'a dit ce n'est pas mal et a fini en s'exclamant que c'était bien pour aller chercher les patates. » Ce premier sac, Martine l'a bien sûr gardé. Il est tout un symbole. Et puis, « tout le monde le trouve très beau mais pour un spécialiste ce n'était pas bon ».
Il se passe des mois et des mois durant lesquels la jeune femme travaille dur pour parvenir aujourd'hui à de très beaux résultats qu'elle expose dans les salons de la région. Dans son atelier d'Aubencheul-au-Bac, voisin de son habitation, ouvert depuis le 1er mars 2008, le cuir est roi. Et les vieux outils achetés d'occasion aussi. Tous ont une histoire. Ce sont souvent de belles rencontres.
« Depuis que je me suis lancée, tout m'a souri. » Elle se rappelle ce bourellier de Fechain malheureusement décédé qui lui fit cadeau d'outils et de deux machines à coudre. Et ses « parrains » lui en ont donné aussi. Pierre à parer, pinces et couteaux spéciaux... sont là, précieux auxiliaires des mains qui savent les faire vivre. L'atelier de Martine est une ode au travail manuel. Ici, le visiteur remarque des sacs en passe d'être achevés. Là une ceinture. Ou encore ces belles rênes noires réalisées sur mesure et fixées au mur attendant le retour du cavalier qui a passé commande.

Cavaliers, motards et chevaliers !


Il y a aussi les fans de motos anciennes qui demandent un devis pour la réparation d'une selle. Et les amateurs de fêtes médiévales aussi qui, à l'occasion de reconstitutions historiques, souhaitent un étui à scramasaxe, l'arme de guerre des Francs, une escarcelle ou une bourse à écus. Pour un sac cousu à la machine, Martine compte deux jours de temps. « Pour un sac cousu main, ce peut être quatre, cinq jours parfois beaucoup plus, tout dépend du travail. Récemment, j'ai eu une personne de Bretagne qui voulait une muserole. Il m'a trouvée sur Internet. » Un Anglais habitant dans la région du côté de Cassel lui a apporté une belle pochette datant d'environ 1920 fatiguée à reproduire à l'identique. « À chaque fois, je me régale, c'est un nouveau challenge. Ce n'est pas un travail, c'est un plaisir. » Et puis, il y a autant de sacs à mains qu'il y a de femmes. Entre la besace décontractée, le cartable à partitions, le sac passe partout ou la pochette chic, le choix est vaste.
Et les peaux ? « Je vais chercher moi-même mes cuirs à Périgueux, Millau, Valence et à Metz. J'aime bien choisir la matière que je vais travailler ». Martine Lemaire exauce ainsi les rêves de clients qui accordent une importance à la belle ouvrage. Avec elle, nos vieux cartables sont en de bonnes mains.
L'Atelier du Rond de Cuir, sellerie, bourrellerie, maroquinerie, Martine Lemaire, 11 rue de Fressies, 59 265 Aubencheul au Bac, 06 17 65 74 88, atelierduronddecuir@free.fr

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