Garmia Aarras-Bara, écrivain public
dimanche 07.02.2010, 05:06 - PAR AURÉLIE CONSTANT
UN VISAGE, UN JOUR
Il suffit de parler quelques minutes avec elle pour comprendre que Garmia est bien plus qu'une écrivain public.
Pour quelque 350 familles du Pile, elle est une confidente, un soutien et une source d'ouverture. Depuis le début du mois, elle reçoit au centre social Sainte-Elisabeth.
roubaix@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »
Comme écrivain public, Garmia Aarras-Bara « aide les gens dans leurs démarches administratives et fait le relais entre les personnes et l'administration » : retraite, CMU, demandes de titres de séjour, dossiers de surendettement... Elle parle aussi les dialectes arabes et fait l'interprète à l'occasion. Enfin, parmi les missions qui lui sont confiées par l'Union européenne, elle doit contribuer à l'insertion professionnelle des personnes qui viennent la voir.
Ce métier, elle l'exerce depuis vingt-trois ans, dans son quartier du Pile. D'abord de manière officieuse, puis officiellement depuis 1998. « Ça fait de longues années que je travaille dans le milieu associatif. Je suis arrivée en mai 1987 au Comité de quartier du Pile, en tant que secrétaire.
Je faisais l'accueil du public. On avait des cours d'alphabétisation et, comme je suis quelqu'un qui va vers les gens, doucement, j'ai commencé à taper les CV, à aider les gens à faire leurs lettres de motivation. Petit à petit, ils ont commencé à me demander de traduire les courriers qu'ils recevaient, de trier leurs documents, etc. En 1998, quand les écrivains ont été mis en place, j'ai postulé pour être écrivain public. » Garmia reste au comité de quartier. Des locaux exigus et une agression en avril 2009 l'ont amenée à s'installer au centre social, depuis début février. Un nouveau lieu, mais un travail qui reste le même et qui va bien au-delà des questions administratives. « Il y a aussi un travail qui est fait et qui ne se voit pas. Essayer d'amener les gens à aller suivre des cours d'alphabétisation, les aider dans leur vie de tous les jours pour qu'ils puissent accéder à un emploi, les aider à passer leur permis. Beaucoup de femmes maghrébines n'ont pas assez confiance en elles. Il faut les "booster". J'ai pas mal de femmes, ici, dans le quartier, qui ont fait des cours d'alphabétisation, passé leur permis, ont leur voiture, sont beaucoup plus indépendantes, ont trouvé un travail. Quand on arrive à se libérer d'une chose, on peut aller vers autre chose. Le fait aussi de leur dire d'aller voter, que leurs enfants aillent voter... Je fais aussi un travail avec les hommes maghrébins pour que l'image de la femme maghrébine change. J'ai eu beaucoup de maris qui ont changé et ont autorisé leur femme à aller travailler, faire des cours d'alphabétisation. » Un travail facilité parce que Garmia est très connue dans le quartier et parce qu'en vingt-trois ans d'expérience, elle a la culture et le tact nécessaires pour s'adresser aux hommes, aux femmes, aux jeunes et aux anciens, de toutes les cultures. Aujourd'hui, elle travaille avec 350 familles du quartier, qu'elle connaît souvent depuis des années. « C'est un métier formidable, d'une richesse que vous ne pouvez pas imaginer ! On rencontre des gens tellement variés, de tout âge, qui viennent de partout.
Quand on peut démêler certaines choses, c'est bien. Rares sont les personnes qui sont venues dans une de mes permanences et sont reparties pas souriantes.
Il y a toujours une solution. On est le bon voisin, l'ami, le confident, la secrétaire ! » Aider les autres, voilà le leitmotiv qui guide Garmia. Un état d'esprit qu'elle est a hérité de son père et qu'elle est fière d'avoir transmis, aujourd'hui, à ses enfants.
Accueil au centre social du Pile (rue Lannes) les mardis, mercredis, jeudis et vendredis, de 9 h à 11 h 30, et le vendredi après-midi sur rendez-vous. Garmia Aarras-Bara tient aussi une permanence au Comité de quartier des Hauts-Champs.













