Christine Toutain, seule maire à bord du navire de l'agglo
mardi 09.03.2010, 05:05 - La Voix au Féminin
Sans avoir souffert du sexisme, Christine Toutain constate qu'elle est la seule femme maire du coin. JOURNÉE DE LA FEMME
Elle est la seule vice-présidente de la CAHC, la seule femme maire du secteur (de Bois-Bernard, la plus petite commune en terme d'habitants). À l'occasion de la journée de la Femme, Christine Toutain raconte son parcours politique, parsemé de remarques parfois bien machistes.
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PAR ANNE-CLAIRE GUILAIN
« Monsieur le maire », « Madame la maire », « Madame la mairesse »... Au final, Christine Toutain a choisi de se faire appeler « Madame le maire », parce que « c'est une fonction, c'est l'usage ». Elle, ne s'est pas posée tellement de questions sur cette dénomination, mais les Bois-Bernardins oui. « Ils ne savaient pas quelle formule utiliser pour m'interpeller, ça les a un peu déstabilisés » sourit-elle.
C'est en 1998 que Christine Toutain devient maire. « J'ai remplacé M. Benon en cours de mandat. » Une élection qui n'allait pas forcément de soit. « C'est vrai que dans un petit village de 835 habitants, ce n'était pas vraiment envisagé qu'une dame soit maire. »
D'ailleurs, Christine Toutain se souvient de sa première cérémonie officielle. « C'était le 11 novembre 1998, il y avait la commémoration de l'Armistice et un peu avant, les anciens combattants présentaient leur nouveau drapeau. Du coup, j'ai dû faire deux discours. Après les avoir lus, on m'a dit que les discours étaient bien mais que c'était normal parce que mon mari est prof d'histoire-géo. Cela sous-entendait que c'était lui qui les avait écrits et pas moi. J'étais terriblement vexée. » Plus récemment, c'est au sein de l'agglo qu'elle a eu ce genre de réflexion. « En septembre 2008, après les élections, je trouvais qu'il y avait un malaise au sein de l'agglo (une CAHC où il y a très peu de femmes conseillers d'ailleurs et ça m'interpelle). J'avais peur que le consensus des 14 communes soit mis à mal. J'ai donc pris la parole. Et on m'a dit que le discours était écrit par quelqu'un d'autre, que j'avais été instrumentalisée parce que j'étais une femme et que c'était plus facile de nous manipuler. » Alors Mme Toutain monte au créneau. « Je ne suis pas forte en gueule, ce n'est pas mon tempérament mais j'ai l'impression, en politique, qu'on estime plus une femme quand elle intervient comme un homme. Il faut calquer son attitude à celle des hommes. Et moi je trouve ça ridicule. »
Mais l'élue avoue aussi qu'elle n'a pas eu tellement à souffrir du sexisme. « Il y a des remarques qui ne volent pas haut, une sorte de machisme ambiant, mais je préfère ne pas y faire attention. » Et elle constate que les femmes se complaisent parfois dans le rôle qui leur est attribué. « Quand j'ai monté mon équipe municipale, j'ai eu beaucoup de mal à trouver des femmes. Souvent, elles me disaient "j'ai jamais fait ça, je ne serai pas capable ". Elles se dévalorisent, s'infantilisent, alors que la seule compétence qu'on leur demande, c'est de s'intéresser aux autres, ce qu'elles font souvent trop, quitte à s'oublier elle-même. Je ne sais pas si c'est le poids de l'éducation ou des traditions. » Cette prof de maths, elle, a su trouver sa place, épaulée par un mari qui applique l'égalité des tâches ménagères à la maison. Et aujourd'hui, elle en est certaine : « si je ne suis pas réélue, ce ne sera pas parce que je suis une femme, c'est parce que les électeurs voudront du changement. »













