Soeur Sylvie Toison : « Vivre avec les gens, et ensemble, faire le rêve d'une vie meilleure »
dimanche 14.03.2010, 05:04 - La Voix au Féminin
Soeur Sylvie est arrivée à Ruzo, une région du Burundi, en août 2007. UN VISAGE, UN JOUR
Soeur Sylvie Toison, née en 1955, oeuvre au service des plus pauvres depuis plus de vingt-cinq ans. Après Israël, le Liban, l'Irak, l'Iran et le Niger, la Fille de la Charité apporte actuellement son aide à Ruzo, une région du Burundi, à cinq heures de la capitale Bujumbura.
PAR MÉLANIE DÉMAREST
Ruzo, situé au nord-est du Burundi en Afrique Centrale, région frontalière avec le Rwanda et la Tanzanie, isolée, sans eau ni électricité, a vu sa population tripler en quelques années (58 000 habitants aujourd'hui). Sans doute l'une des explications de son extrême pauvreté. Soeur Sylvie y a déposé ses valises en août 2007. Elle appartient à une petite communauté de huit soeurs de quatre nationalités différentes. Leurs missions : la construction d'une maternité de brousse, d'une école maternelle de quatre classes, ainsi que la mise en place d'un réseau hydraulique. « En arrivant ici, je ne m'attendais pas à devenir entrepreneur et architecte, sourit la missionnaire. Dans la maternité existante, une petite salle obscure de neuf lits, on pouvait voir jusqu'à trois mamans par lit, avec leur bébé. La maternité était devenue urgente. » L'école maternelle était, elle aussi, devenue indispensable. Les 240 enfants étant actuellement accueillis dans des greniers à grains loin d'être adaptés. Autre point essentiel auquel les soeurs souhaitent s'attaquer : le problème de l'eau. « Cette région n'a pas l'eau courante. La petite source est à 7 km du village et à 270 m en contrebas. » Une condition indispensable pour les Filles de la Charité : les habitants doivent participer aux projets. « C'est de cette manière qu'ils pourront développer leur région et se prendre eux-mêmes en charge un jour », précise Soeur Sylvie.
Originaire de Douai, ville dans laquelle ses parents sont encore installés, elle a été attirée très jeune par les missions étrangères. Douée pour la sculpture sur bois, elle s'est d'abord lancée dans une licence d'histoire de l'art, avant d'entreprendre des études d'infirmière. En 1983, avec son diplôme en poche depuis deux ans, elle entre à la Cité hospitalière de Lille. « J'aimais beaucoup mon métier, mais cela ne me satisfaisait pas entièrement », confie-t-elle. Elle a donc décidé de se rendre à Paris, avec l'objectif de partir en mission avec les Filles de la Charité. D'abord à Nazareth comme coopérante pendant deux ans. « Très vite, on m'a proposé d'aller soigner les Palestiniens dans les territoires occupés, puis au sud-Liban qui, à cette époque à cause de la guerre, était coupé de Beyrouth. » Soeur Sylvie s'est ensuite rendue à Bagdad, puis en Iran, à Bam lors du tremblement de terre. Elle a rejoint le Niger, avant de regagner une nouvelle fois le Liban. « Au Liban et au Proche-Orient, j'y suis restée vingt ans. J'y ai vécu des moments intenses à tous points de vue, mais je me sentais appelée à aller plus loin dans ma vocation missionnaire. Je me préparais donc à partir en Afrique, continent extrêmement pauvre, en faisant mes études de médecine tropicale. » Et lorsque l'on demande à Soeur Sylvie ce qu'elle peut bien faire dans un endroit où personne ne voulait rester, elle répond tout simplement : « vivre avec les gens, partager leur vie rude, et ensemble faire le rêve et le pari d'une vie meilleure. Faire en sorte qu'ils fassent autre chose que survivre : vivre ».













