Charline Delporte, une vie consacrée aux victimes des sectes
dimanche 04.07.2010, 05:08 - PAR AGNÈS BOURAHLA-FARINE
Charline Delporte. Ayant trouvé de l'écoute, elle se consacre à son tour à l'aide des familles. PHOTO ÉDOUARD BRIDE LE VISAGE DU DIMANCHE
Ceux qui la connaissent soulignent « sa force, son allant, son dynamisme ». Faite dernièrement chevalier de la Légion d'honneur, l'Emmerinoise Charline Delporte, présidente de l'Association de défense des familles et des individus (ADFI) Nord - Pas-de-Calais - Picardie, est engagée depuis vingt ans dans l'aide aux victimes des sectes et à leurs proches.
« C'est encore un sujet tabou... Elles démolissent les gens ! » Dès qu'elle évoque les sectes, Charline Delporte prend un air grave. Et si elle se dit « ravie d'être distinguée pour son combat », c'est avant tout « pour avoir l'occasion de parler de l'association » à laquelle elle se consacre presque chaque jour, l'ADFI Nord - Pas-de-Calais - Picardie, basée à Lille.
D'où vient à ce petit bout de femme l'énergie d'aider, sans relâche, les victimes des sectes, de les écouter ? C'est qu'elle-même a connu la souffrance de voir sa fille privée de sa libre pensée. Celle-ci, aujourd'hui âgée de 40 ans, est sortie il y a trois ans de l'emprise du mouvement auquel elle appartenait, les Témoins de Jéhovah (*). « Je suis fière qu'elle ait réussi à s'en sortir et qu'elle soit désormais insérée dans la vie professionnelle », affirme Charline Delporte.
L'Emmerinoise est l'aînée d'une famille de dix enfants, et sa jeunesse a été illuminée par les valeurs inculquées par ses grands-parents. Celle qui se décrit comme une « autodidacte, avec mon bac moins six » devra abandonner ses études très tôt pour se consacrer à ses frères et soeurs.
Sa rencontre avec son époux se fera en jetant des pavés, en 68... Elle tiendra durant quelques années un magasin de fromages, dans le Vieux-Lille. Avant de tout abandonner, de revendre son commerce il y a quelque vingt ans, pour se consacrer en tant que bénévole à l'association d'aide aux victimes des sectes.
Elle se souvient : « Lydwine Ovigneur (la fondatrice de l'association ADFI il y a 35 ans), sachant que ma fille était sous l'emprise d'une secte, est venue dans mon magasin. Elle a dit à sa fille de l'attendre une minute. Elle est restée une heure... » Charline trouvera de l'écoute. Auprès de l'association. Auprès d'une psychiatre, Geneviève Loison, qui lui donne « non des réponses mais des pistes de réflexion ». Et elle-même se met aussi à l'écoute. Les personnes en souffrance, dans sa situation - les proches - ou directement touchées, viennent la rencontrer. Elle travaille, en lien avec les professionnels (médecins, institutions, juristes). Elle impulse des actions communes. Formule des exigences. Porte une grande attention à la prévention (une BD à destination des adolescents est par exemple sortie en 2010). « Tout individu de tout âge peut être un jour victime », prévient-elle. Le livre qu'elle a écrit en 1995 avec l'aide d'une journaliste, Gourous, rendez-lui sa liberté, devrait bientôt s'étoffer : elle compte y ajouter quelques chapitres, « concluant que notre fille a trouvé sa propre liberté ». L
(*) Les Témoins de Jéhovah ont été mentionnés en France parmi les mouvements sectaires par la commission d'enquête parlementaire sur les sectes de 1995.













